Dinim/Lois

Dinim/Lois

 

DINIM/LOIS  
   1 – Chacun se lèvera tôt le vendredi matin pour préparer le Chabbat, et même si un homme possède de nombreux serviteurs, il préparera lui aussi le Chabbat, et ne devra pas dire « ce n’est pas mon honneur », car l’honneur d’un homme est d’honorer le Chabbat. (Maran 250, 1)2 – Quand on achète un aliment ou un vêtement pour le Chabbat, il est bon de dire « likvod Chabbat » en l’honneur du Chabbat. (Kaf hahaïm 2, Michna béroura 2)3 – On mangera peu vendredi après midi afin de manger avec appétit le vendredi soir. (Maran 249, 2)4 – Il est permis de commencer un travail avant Chabbat qui se poursuivra et se terminera de lui-même le Chabbat ( par ex. mettre en marche un système d’arrosage dans son jardin) (Maran 252, 1 et 5).5 – Il est bon d’avoir un habit du Chabbat, à défaut on prendra un habit propre et repassé. L’on mettra cet habit depuis vendredi soir et non à partir du samedi matin. Par contre, il n’est pas nécessaire d’avoir des chaussures spécifiques, mais il serait bon de les cirer avant Chabbat (Maran 252, 2. Kaf hahaïm 31. Resp Yéhavé daat V, 23)6 – C’est une obligation de se laver le corps et les cheveux en l’honneur du Chabbat et de se couper les ongles. Selon les kabbalistes il est bon de se tremper au mikvé ou bain rituel. (Maran 260, 1. Rama. Ben ich Haï lekh lekha 15)7 – On dresse une belle nappe, on arrange les lits et l’on met en ordre toute la maison, afin de la trouver rangée en entrant de la synagogue après l’office du vendredi soir.
(Maran 262, 1)8 – Une personne dans les sept jours de deuil, se revêtira de ses habits du Chabbat, car le Chabbat suspend toutes les règles de deuil à caractère public. (Kaf hahaïm 27)  
     L’allumage d’une veilleuse dans le foyer pour le Chabbat est une obligation qui incombe à l’homme ou la femme mais qui traditionnellement revient à la maîtresse de maison. La coutume s’est répandue d’allumer deux bougies ou deux veilleuses en référence aux « souviens-toi » et « garde », exprimés à propos du Chabbat. (Rambam Chabbat V,1 et 3. Maran 263, 1)On s’efforcera d’allumer des veilleuses trempées dans l’huile d’olive, à défaut dans une autre huile. En absence d’huile, on allumera des bougies, à défaut on pourra prendre des lampes électriques. (Maran 264, 6 et 7. Kaf hahaïm 36. Resp. Yéhavé Daat V, 24).Les Séfarades récitent la bénédiction avant d’allumer les flammes, les Ashkénazes bénissent après, et chacun suivra sa coutume dans la paix. (Resp. Yabia Omer V, 21)Une femme aveugle peut allumer les bougies du Chabbat avec la bénédiction. (Ben ich Haï Noah 12)De même que l’on allume des bougies pour Chabbat, on en allumera pour les fêtes instituées par la Torah (yom tov) (Maran 263, 5)     1 – On récitera la prière du vendredi soir le plus tôt possible afin de profiter pleinement du Chabbat, et l’on peut commencer alors qu’il fait jour 1h1/4 avant la nuit en heure saisonnière (plag ha minha) et manger de suite après l’office. (Maran 267, 2)2 – On récite la première partie du Kiddouch à l’office du vendredi soir, qui correspondent aux premiers versets de Genèse II. (Maran 268,1)3 – Si quelqu’un a commencé à réciter la amida de la semaine au lieu de celle du Chabbath, il terminera la bénédiction qu’il a commencée, puis il reprendra celle du Chabbat. Cette règle est valable pour le vendredi soir ou la journée du samedi. Par contre pour le moussaf, il s’interrompra immédiatement. (Maran ibid. 2. KafHahaïm 9. Ben ich Haï Vayéra 8.)4 – Une personne qui aurait oublié de réciter minha du vendredi après-midi, récitera deux amidot (pluriel de amida) à l’office du vendredi soir. A posteriori, si le particulier a pensé s’acquitter par la bénédiction meïen chéva de l’officiant et que l’officiant lui-même ait pensé l’acquitter, alors, il sera quitte de son devoir religieux.(Resp. Yabia Omer VI, 19)
     1 – C’est un commandement positif de sanctifier (c’est-à-dire de distinguer) le jour du Chabbat par une proclamation comme il est dit : « Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier ». Et selon nos maîtres cette proclamation doit se faire sur un verre de vin. (Rambam Chabbat 29,1. Maran 271,1)2 – Les femmes sont tenues de réciter le kiddouch et elles peuvent acquitter les hommes de ce devoir. (Maran 271, 2)3- Celui qui récite le kiddouch doit penser acquitter ceux qui l’écoutent et ceux qui écoutent doivent penser être acquittés par la bénédiction de l’officiant. (Michna béroura ibid. 5)4 – Avant de réciter le kiddouch, la table sera recouverte d’une nappe et dressée, et deux pains (en souvenir de la double ration de manne du désert) y seront posés et recouverts d’un napperon (souvenir de la rosée qui recouvrait la manne.) (Maran ibid. 9. Michna béroura.)5- Pour le kiddouch, on prendra un beau verre pouvant contenir 86 g de liquide, (à défaut un verre en plastique fera l’affaire) lavée et nettoyée pour la circonstance, puis on le remplira à ras bord (certains font un peu déborder en signe de bénédiction), on prendra le verre dans la main droite et on soulèvera la coupe à au moins une dizaine de centimètres de la table, puis l’officiant récitera le kiddouch debout avec la maisonnée. Après avoir bu une pleine bouche (env. 44 g), les participants pourront goûter un peu de ce vin. (Kol Sinaï.Resp. Igroth Moché III, 39)6 – Le kiddouch doit obligatoirement être récité à l’endroit où l’on mange, aussi le kiddouch récité par l’officiant dans certaines synagogues le vendredi soir n’est pas suffisant pour être acquitté de son devoir religieux. (Maran 273, 1 et 3)7 – On peut réciter le kiddouch pour des personnes qui ne savent pas le réciter, même si l’intention del’officiant n’est pas de manger sur place. (Kol Sinaï)8 – S’il n’y a pas de vin ou de jus de raisin kacher ou si on ne supporte pas le vin, on récitera le kiddouch sur le pain. On procédera ainsi : on se lavera les mains avec la bénédiction (nétilat yadaïm), on récitera le kiddouch, et au lieu de réciter la bénédiction sur le vin, on récitera celle du pain, puis on en mangera un morceau et on le distribuera aux convives. (Ben ich Haï Béréchith 28)
Du fait que l’on ne travaille pas, on a l’habitude de multiplier les cantiques durant l’office du Chabbat matin, mais on fera en sorte de terminer avant que le soleil ne soit au zénith (la sixième heure en heures saisonnières), car il est interdit de rester à jeun jusqu’à ce moment. (Rama 281, 1. Maran 288, 1 )
Après chaharit, on sort le sefer Torah et l’on fait monter 7 personnes minimum, mais l’on peut rajouter à ce nombre, à condition que cela ne soit pas une charge pour la communauté. (Maran 282, 1)On peut faire monter parmi les 7 appelés un enfant (avant 13 ans) qui a conscience qu’il prie l’Eternel, à plus forte raison qu’il peut lire la haftara. (Maran, ibid. 3. Resp Yéhavé daat IV, 23)Un particulier qui prie seul n’est pas obligé de lire la paracha dans un livre, mais il doit réciter le moussaf, car cette prière est une obligation de l’individu. (Maran 286,2)On peut faire le kiddouch avant le moussaf et manger des fruits ou quelques gâteaux, jusqu’à 56 grammes de farine. (Maran ibid. 3)Il est licite de prendre un thé ou un café sucré avant l’office, car l’obligation du kiddouch ne commence qu’après l’office de chaharith. (Resp. Yalkout yossef II, 12)
     A midi, la table sera dressée comme la veille et l’on récitera la bénédiction sur le vin ; c’est ce qu’on appelle le grand kiddouch. Et l’honneur offert au repas du jour sera supérieur à celui offert au repas du vendredi soir. (Maran 289, 1. Kaf haïm 3)Comme la veille, ce kiddouch devrait être récité à l’endroit ou l’on mange et l’on récitera la bénédiction sur deux pains. (Maran ibid.)On multipliera les plats et les petites collations en l’honneur du Chabbat, et aussi afin de pouvoir réciter les 100 bénédictions journalières obligatoires.
Le sommeil fait partie du délice du Chabbath. (Maran 290, 1 et Rama. Kaf hahaïm 7).On se consacrera davantage à l’étude de la Torah, car le Chabbat a été donné à Israël pour l’étude. (Maran ibid. Rama)
Avant la amida, on sort le sefer Torah et l’on appelle 3 personnes. On lira au minimum 10 versets de la paracha à venir. (Maran 292,1)Après la amida, on récitera le Tsikatékha qui contient trois proclamation de la justice divine, qui rappela vers Lui trois justes : Yossef, Moché et David. (Maran ibid. 2)Si Chabbat tombe un jour qui, s’il avait été de la semaine, aurait obligé à supprimer les supplications (tahanounim), alors on ne récitera pas le tsikatékha. (Ibid.)
     On sera vigilant d’accomplir le troisième repas du Chabbat (séouda chlichith), même en mangeant un peu de pain, ou à défaut quelques fruits. A priori, on fera le troisième repas après minha. (Maran 291,1 et 5. Kaf hahaïm 5, Michna béroura 2. Ben ich Haï Hayé Sara 14).On ne récite pas de kiddouch à la séouda chlichith, mais l’on récitera la bénédiction sur deux pains. ( Maran ibid. 4. Ben ich Haï Hayé Sara 11)Les femmes sont tenues d’accomplir les trois repas comme les hommes. (Maran ibid. 6)A priori, on commencera la séouda chlichith avant le coucher du soleil, au plus tard 13′ après son coucher. (Aroukh achoulkhan 299, 1. Michna béroura 1, Resp. Livian Hen)

On retarde l’office d’arvit du samedi soir, afin d’ajouter du profane à la sainteté de Chabbat. (Maran 273, 1)Dans la amida, on intercale le texte de la havdala et si l’on a oublié, on ne se reprendra pas, car l’essentiel est de réciter cette prière sur un verre de vin. Si on réalise un travail avant la havdala on dira : « baroukh hamavdil ben kodech léhol« , « Béni soit Celui qui sépare le saint du profane. » (Maran 274, 1. Michna béroura 3. Kaf hahaïm 6)La cérémonie de la havdala suit l’ordre suivant : vin, parfum, flammes, séparation. (Maran 296, 1)A défaut du vin on peut prendre une boisson locale (bière, boukha,…) (Maran ibid. 2)La havdala se récite assis. (Resp. Yéhavé Daat IV,26)Les femmes sont tenues de réciter la havdala, si elles ne savent pas réciter, le mari récitera pour la maisonnée. Dans ce cas, il vaut mieux penser ne pas être acquitté par la havdala faite à la synagogue (Resp. Yabia Omer IV, 23)

     On dressera la table pour le quatrième repas, afin d’accompagner la reine Chabbat, même si l’on ne doit manger que 28 g de pain (cazayit) (Maran 300,1)De la même que l’on honore le Chabbat à son entrée, on se doit de l’honorer à sa sortie. (Michna béroura 2)A priori, on mangera du pain au cours de ce repas, à défaut des gâteaux, voire des fruits. Cette obligation incombe aux hommes et aux femmes. (Ben ich Haï Vayetsé 27. Resp. Yéhavé Daat IV, 25)
     La parole du Chabbat sera différente de celle de la semaine, ainsi l’on ne parlera pas de ses affaires ou de ses projets professionnels – mais parler des affaires de la communautés est licite -. (Traité Chabbat 113a. Maran 307, 1. Michna béroura 2)Dans nos rencontres avec nos frères juifs, nous dirons Chabbat Chalom au lieu de bonjour ou bonsoir. (Kaf hahaïm 11)On ne lira pas de courrier à caractère professionnel ou des relevés bancaires, des plans de construction, des devis, etc. (Maran ibid. 13 et 14)
A priori, on ne se lavera pas tout le corps à l’eau chaude durant le Chabbat, même avec une eau chauffée avant Chabbat, mais l’on pourra se laver les membres (tête, bras, etc.). Mais si on a l’habitude d’une douche quotidienne, et que sans elle on ne se sente pas bien, on pourra prendre une douche avec une eau préchauffée avant Chabbat. (Maran 326, 1. Rama. Chmirat Chabbat XIV, 1. Resp. Igrot Moché IV, 75)Les Séfarades sont plus souples en ce qui concerne l’utilisation du savon, les Ashkénazes n’utilisent que le savon liquide. (Resp. Yabia Omer IV, 28)On peut utiliser une serviette pour s’essuyer les membres du corps en faisant attention de ne pas arracher de cheveux ou de poils. (Ben ich Haï Pékoudé 8)Il est licite de se brosser les dents le Chabbat, comme on a l’habitude en semaine, si on a l’habitude de saigner, on fera attention ou l’on prendra une brosse souple. (Resp. Yabia Omer iv, 30)On peut utiliser des serviettes en papier Chabbat, même si on risque de les déchirer.On n’étendra pas de linge à sécher, mais si à l’endroit où l’on pose d’habitude une serviette, elle sèche, c’est permis. (Maran 301, 45. Michna béroura 170)Il est interdit pour une femme pendant Chabbat de mettre des crèmes pour colorer le visage, de farder ses yeux ou de mettre du rouge aux lèvres. (Maran 303, 25)
Il lui est permis par contre de poser de la poudre de couleur sur son visage, car la poudre ne tient pas. (Resp. Yéhavé Daat IV,28).
Elle ne mettra pas de crème pour maintenir la beauté de la peau. (Chmirat Chabbat ibid. 60).
Il est interdit de mettre du manucure, même transparent, sur les ongles. (Chmirat Chabbat ibid. 57)Il est licite d’utiliser un parfum ou un déodorant sur la peau, mais non sur un vêtement. De même on peut utiliser des sprays pour parfumer l’appartement (Resp. Yabia Omer VI, 25 et 36)Il est permis de porter des lunettes qui s’assombrissent automatiquement avec la lumière solaire. (ibid. II, 47)
On peut laver la vaisselle à condition qu’elle resserve pour le Chabbat, c’est la raison pour laquelle on ne lave pas la vaisselle après souda chlichith, mais on attend la fin du Chabbat. (Maran 323, 6. Kaf hahaïm 42)Pour éviter que la vaisselle ne soit recouverte par les fourmis, les mouches, etc., on peut la tremper dans l’eau, on peut également procéder ainsi pour faciliter le lavage après Chabbat. (Chémirat Chabbat XII, 2 et 3)On n’utilisera pas d’éponge pendant le lavage, mais des crins synthétiques avec des fibres espacées (ibib.)

 

F.A.Q du Shabbat

Introduction
Il existe deux catégories de fêtes :
* les fêtes fixées par la Torah,
* les fêtes d’institution rabbinique.
Les fêtes toraïques
On distingue trois catégories de jours fériés :
1. Le Chabbat qui rappelle la création du monde.
2. Les fêtes de pèlerinage (Pessah « Pâques » – Chavouot « Pentecôte » et Souccot
3. Les fêtes du Nouvel An (Roch Hachana et Kippour) qui évoquent le jugement et le pardon de l’homme.
A ces fêtes chômées – Yom Tov – (où tout travail est interdit, nous verrons de quels travaux et dans quelles conditions), il faut ajouter le nouveau mois (Roch Hodech) où le travail est licite.
Les fêtes rabbiniques
En général, ces fêtes sont liées à des évènements historiques, que nos maîtres, anciens ou modernes, ont voulu garder pour la mémoire d’Israël en raison de l’enseignement fondamental que ces évènements véhiculent pour la conscience juive.
* Pourim et ‘Hanouccah qui rappellent le miracle de la survie physique et spirituelle du peuple juif, malgré un danger de disparition.
* Le jeûne du 9 du mois d’av (Tichâ béav) qui rappelle la destruction de deux Temples et de Jérusalem.
* Lag Baomer qui rappelle la fin de l’épidémie qui frappa les élèves de Rabbi Aquiba.
* Yom Hashoa : souvenir des six millions de nos frères et sœurs morts dans les camps nazis.
* Yom Hazikaron : souvenir des victimes des guerres d’Israël.
* Yom Haatsmaout : jour de l’indépendance de l’Etat d’Israël.
* Yom Yeroushalaïm : jour de la réunification de Jérusalem.
A ces fêtes à caractère historique, s’ajoute une fête « écologique » : Tou Bichvat ou Nouvel An des arbres.
La désignation des fêtes et leur signification
Les fêtes sont désignées dans la Torah par différents termes. Découvrons-les :
Mo’adim
« Moadim » (sing. mo’èd) signifie littéralement « rendez-vous ». L’idée est très importante, elle signifie « rendez-vous » avec l’Eternel, mais aussi « rendez-vous » avec la communauté d’Israël, avec son prochain.
Si l’homme, depuis le renvoi du jardin d’Eden, doit « manger son pain à la sueur de son front » et donc s’investir obligatoirement dans le monde matériel pour résoudre ses problèmes vitaux (manger, se vêtir, se loger), la fête devient une période où le Saint, béni-soit-Il, demande à chaque membre d’Israël de se dégager de toute activité économique, afin d’être prêt à rencontrer Celui qui est source de toutes les bénédictions. C’est pourquoi mo’èd ne désigne qu’un jour où le travail est interdit.
L’indice de spiritualité d’une fête (sa sainteté ou kéddoucha) sera justement jaugé à son rapport à la productivité. Ainsi, Chabbat et Kippour où tout travail est proscrit se trouvent au sommet de l’échelle, les fêtes de pèlerinage et Roch Hachana où la cuisson et le transport de certains objets sont licites (selon des conditions précises) possèdent un niveau inférieur. Quant aux jours où les petits travaux sont licites (demi-fêtes) ou totalement permis (Roch Hodech), ils se trouvent au bas de l’échelle, au-dessus bien évidemment des jours profanes.
Nous pouvons ainsi donner la définition d’un jour profane : un jour où l’homme transforme le monde extérieur à lui-même, afin de perdurer. Son rapport à Dieu se fait via la nature, alors qu’un mo’èd est un jour où l’homme est placé directement face au Créateur. Durant les jours profanes, l’homme aménage son avoir ; pendant les fêtes, il construit son être.
Dans l’esprit du monothéisme, les deux activités sont aussi valables, et c’est pourquoi les sages du Talmud voient l’idéal dans « l’étude de la Torah associée à une activité professionnelle » (Torah oumélakha). Le « rendez-vous » avec Dieu va permettre un ressourcement de la personne, une épuration de la conscience, qui pourrait tomber dans les pièges d’un avoir excessif (le travail pour le travail, le matériel pour le matériel). Lemo’èd rappelle donc que si l’aménagement de l’espace est la première bénédiction offerte à Adam, il ne faut jamais oublier que ce monde possède un sens, une finalité, qui ne se chiffre pas en écus sonnants et trébuchants, mais en capacité d’amour, de justice et de paix.
Le but  du judaïsme, tel qu’il est transmis par l’un de nos plus grands maîtres Rabbi Moché ben Maïmon, dit Rambam ou Maïmonide, est de proposer un équilibre harmonieux entre le ciel et la terre, entre le corps et l’âme, entre la matérialité et la spiritualité, entre le religieux et l’économique, étant entendu que le mot avoda
Mikraé kodech
Une autre expression pour parler des fêtes dans la Torah, mais qui découle de l’idée de « mo’èd » est « Mikraé kodech« , « appels de sainteté ». Sainteté signifie en hébreu : séparation, ce qui se détache de la conduite naturelle ou profane. Les mitsvot nous sanctifient, c’est-à-dire introduisent une dimension spirituelle, transcendante, « sur-naturelle » dans notre vie. Tous les êtres vivants mangent, mais en se soumettant à la volonté divine qui a demandé de consommer tel aliment et interdit tel autre, le juif introduit le divin dans son quotidien. Ainsi chaque commandement accompli actualise la conscience que nous sommes placés vis-à-vis de Dieu. Cela est particulièrement vrai durant les fêtes, où justement nous ne travaillons pas, où notre esprit n’est pas absorbé par des considérations matérielles, mais uniquement à la prière, à l’étude et à la joie de servir l’Eternel. Chaque rendez-vous avec Dieu est ainsi un appel à l’élévation, à la sainteté.
Hag
Le dernier terme, utilisé uniquement pour les fêtes de pèlerinage, est le mot « Hag » (au pluriel « Hagim« ). A rapprocher de l’arabe hagag, il désigne le pèlerinage. C’est pourquoi il ne s’applique qu’aux solennités qui exigeaient le déplacement jusqu’au Beth Hamikdach (le Temple) de Jérusalem. C’est donc par abus de langage que l’on parle à propos des fêtes du Nouvel An, et à plus forte raison de fêtes rabbiniques, de Hag. Les kabbalistes voient dans le mot HaG les initiales de Hessed (Charité) et Guévoura (Rigueur). Ce qui peut se comprendre, puisque les trois fêtes de pèlerinage, qui sont les étapes de la libération d’Israël (le peuple) d’Egypte pour aller vers la terre des promesses, traduisent la Charité et la Grâce dont témoigna le Saint, béni soit-Il, à l’égard de nos ancêtres. Et cette Charité appelle en retour des mitsvot particulières, commandements à accomplir avec rigueur, pour ne pas oublier tous ces bienfaits, et continuer dans chaque génération la marche d’Israël.
Yom tov
Les sages d’Israël ont ajouté une expression pour parler des fêtes Toraïques : « Yom tov« , qui signifie littéralement « jour bon », et que nous trouvons dans le livre d’Esther (IX,19 et 22) pour désigner un jour de joie, en opposition aux jours de deuil. Au sens rabbinique, l’expression Yom tov qualifie les fêtes de pèlerinage, ainsi que les fêtes du Nouvel An, c’est-à-dire un jour qui se distingue du Chabbat, par le fait qu’il est permis de cuire (sous certaines conditions), et qui se distingue aussi du Roch Hodech, des jours de demi-fête ou profanes dans lesquels le travail est licite.
Ecoutons Maïmonide dans son Michné Torah (lois des fêtes) :
« Les six jours pendant lesquels la Torah a interdit l’exécution d’un travail sont : le premier et le septième jour de Pessah, le premier et le huitième jour de Souccot, le jour de Chavouot et le premier jour du septième mois (c’est-à-dire Roch Hachana). La cessation de toute activité pendant tous ces jours s’applique de la même manière, à savoir qu’il est interdit d’effectuer un travail, sauf en ce qui concerne les préparatifs de nourriture, ainsi qu’il est dit dans le verset : cependant, ce que chacun doit manger, vous pourrez le faire. »
Remarques
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Kippour n’est pas mentionné, car il est identique au Chabbat quant à l’interdiction de préparer la nourriture.
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Les jours de fêtes sont doublés en dehors d’Israël. Ainsi il y a deux jours de fêtes au début et à la fin dePessah, de même pour Souccot et pour Chavouot. Quant à Roch Hachana il est doublé même en Israël.
La raison de ces redoublements est liée à un problème de communication aux temps où la diaspora babylonienne recevait son calendrier depuis Jérusalem. Quand le nouveau mois était proclamé au Temple, on allumait des feux d’une montagne à l’autre jusqu’en Babylonie. Les Saducéens, qui niaient le pouvoir rabbinique pharisien, et l’existence d’une tradition orale remontant à Moïse, allumaient des feux la veille ou le lendemain. Les communautés de l’exil ne sachant plus quel jour était le bon doublèrent les jours de fêtes par incertitude. C’est ce que l’on appelle sféka déyoma « le jour douteux ».
Si Roch Hachana est doublé également en Israël c’est à cause de l’impossibilité de sonner le Shofar (corne de bélier) le Chabbat. En effet, selon la Torah, on ne peut sonner le Shofar à Chabbat qu’à l’intérieur du Temple de Jérusalem. Ainsi dans le cas où Roch Hachana tomberait un samedi, on ne pourrait pas accomplir le commandement du jour hors de Jérusalem, d’où le redoublement même en terre d’Israël.
 
Valeur des fêtes juives
Ne pas travailler ne signifie pas que les jours de fêtes soient des jours de loisirs pour faire ses courses ou repasser la deuxième couche de peinture dans sa maison de campagne. Ils ont été offerts pour se réjouir en famille et en communauté, pour se souvenir des bienfaits de l’Eternel, et se ressourcer physiquement, moralement et spirituellement. Les repas, la prière et l’étude auront ici une place centrale.
Ecoutons le prophète Isaïe (LVIII,13 et 14) dont les paroles sont toujours d’une grande actualité :
« Si le Chabbat tu retiens ton pied pour ne point faire ton désir, dans Mon jour de sainteté, et si tu appelles mon Chabbat « délice », pour la sainteté de l’Eternel, jour honoré, et si tu l’honores en ne suivant point tes chemins, ne saisissant point l’occasion des affaires, et en ne prononçant aucune parole (profane), alors tu te délecteras devant l’Eternel, Je te ferai chevaucher sur les hauteurs de la terre, je te nourrirai de l’héritage de Jacob ton père, car c’est la bouche de l’Eternel qui l’a déclaré ».
Ces versets, qui sont lus au kiddouch du samedi matin, ainsi que durant la haftaraKippour, s’appliquent bien sûr au Chabbat, mais par extension aux jours de fêtes qui sont aussi appelés Chabbat (jour de cessation – du travail -). Le prophète demande de distinguer ces solennités par une conduite différente de celle de la semaine. Le mot raglékha (ton pied), peut aussi être entendu en hébreu, comme « ton habitude », on dirait aujourd’hui « se libérer de ses conditionnements ». Comme nous l’avons dit plus haut, il s’agit de construire un nouvel univers où les soucis matériels, les affaires (même bonnes), sont mis entre parenthèses afin de vivre autant que faire se peut, cette proximité avec Dieu, et se reconnaître fils ou fille de notre patriarche Jacob, celui qui devint Israël. La préparation est ici importante, préparation psychologique, morale, spirituelle : préparation de la maison, des repas, de son corps (coiffeur, bain, certains vont au mikvé – le bain rituel de purification – la veille du Hag). Pendant les fêtes, à la synagogue, des chants nouveaux sont entonnés par les fidèles avec ferveur et joie. A la maison la table est dressée, chaque membre possède son habit de fête. La paix et la sérénité sont dans les cœurs.
Temps de la nature – Temps de l’histoire
Dans la Torah, les fêtes ont un double caractère : un caractère agricole et un caractère historique. Cela est remarquable particulièrement avec les fêtes de pèlerinage. Ainsi :
* Pessah qui est « la fête du printemps » rappelle la sortie d’Egypte.
* Chavouot qui est « la fête des moissons » rappelle le don des Dix Commandements.
* Souccot « la fête de l’engrangement » d’automne rappelle la traversée du désert.
Cette relation est fondamentale. Elle marque une rupture totale avec les cultes païens qui exprimaient une adoration des forces de la nature pour elles-mêmes. En Egypte, le Nil était déifié, et c’est en son nom que le Pharaon sacrifia des milliers d’enfants hébreux. En Canaan, Moloch, Baal ou Astarée étaient adorés ; cela entraînait des sacrifices humains ou de la prostitution sacrée. Le meurtre, la débauche étaient sacralisés. En intervenant dans le cycle du temps, Dieu enseignait que non seulement Il était le maître de cette nature, mais surtout que le religieux ne pouvait être séparé de la morale. Ainsi le printemps n’est plus le temps du papillonnage libertin, mais le temps de la libération de l’Homme, l’automne n’est plus le temps de l’individualisme égoïste, mais celui du partage fraternel.
Le grand message prophétique est : le même Dieu qui crée la nature est le même Dieu qui délivre l’homme, afin qu’à son tour l’homme utilise la nature pour délivrer son frère de l’oppression, de l’aliénation.
Les Jeûnes
    
 » Il existe des jours durant lesquels la communauté d’Israël jeûne à cause des malheurs qui touchèrent nos ancêtres et afin de réveiller les cœurs vers les chemins de la repentance. Cette conduite nous rappellera nos mauvaises actions identiques à celles de nos pères, et qui furent la cause de nos souffrances. Par le souvenir de ces évènements nous pourrons revenir en nous améliorant ainsi qu’il est dit : Ils confesseront leur faute ainsi que la faute de leur père.  »
(Rambam Lois du Jeûne. V, 1)

39 Travaux

INTRODUCTION

Le chabbat est connu comme un jour où le travail est interdit. Mais qu’est-ce qu’un travail ? Déplacer un livre, monter quelques marches, constituent déjà sur le plan physique un travail. Est-ce à dire qu’il faille rester allonger dans son lit toute la journée du Chabbat ? Si le chabbat est entendu comme un jour de repos, pourquoi aller à la synagogue à pied, plutôt que de prendre sa voiture ? Autant de questions qui appellent une définition claire des notions de « travail » et de « repos ».
Définition du chabbat
Relisons la Torah en traduisant convenablement (beaucoup de questions se posent parce que nous lisons le texte dans des traductions) :
« Et ils furent achevés les cieux et la terre et toute leur armée. Et Dieu acheva, dans le septième jour, son oeuvre qu’Il avait faite. Il cessa dans le septième jour son oeuvre qu’Il avait faite. Et Dieu bénit le septième jour, et Il le sanctifia, car en lui Il cessa toute son œuvre que Dieu avait créée à parfaire ». (Genèse II,1-4).
Analyse
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« Et ils furent achevés les cieux et la terre » : nous sommes dans un univers où tout est achevé. Les forces, les structures sont en place, leurs mouvements traduisent l’élan vital qui les anime. Même ce que nous ne connaissons pas encore est déjà là (les trous noirs, les autres galaxies, …). Cette stabilité garantit la liberté de l’homme. C’est parce que le monde est stable que l’homme peut choisir son avenir.
*
« …toute leur armée » : la Bible, en parlant des étoiles et des astres, les compare à une armée qui proclame la Gloire de D..
*
« Et Dieu acheva, dans le septième jour » : Il acheva à la limite du sixième et du septième jour son œuvre. Car D. connaît les limites des choses et des temps, mais la halakha exigera pour Israël d’arrêter le travail avant la nuit (d’après Rachi).
*
« son oeuvre qu’Il avait faite » : cela ne veut pas dire que le monde est achevé, mais que D. a achevé sa part du travail « son œuvre » le concernant.
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« son oeuvre que Dieu avait créée à parfaire » : Hachem a créé un monde à parfaire. A l’homme d’apporter la touche finale à ce que le Créateur a commencé. C’est pourquoi pour parler de la création du monde, nos sages, de mémoire bénie, utilisent l’expression « l’œuvre du commencement » (maassé béréchith).
* « Il cessa dans le septième jour ». Arrêtons-nous sur ce morceau de verset. La traduction « il se reposa » pose évidemment des problèmes théologiques. Même si l’on considère que « la Tora parle le langage des hommes », tous les anthropomorphismes traduisent une relation entre Hachem et sa création, mais n’offrent jamais d’information sur Lui-même.
Nous découvrirons plus loin que la Torah parle du « repos de Dieu », mais nous l’analyserons dans son contexte.
En fait le chabbat, D. ne fait plus ce qu’Il faisait pendant les six premiers jours, à savoir qu’Il ne prononce aucune parole créatrice. Il cesse de créer. Le décor est planté ; à l’homme, à l’instar d’un acteur entrant sur une scène théâtrale, de commencer son numéro.
Chabat signifie donc « cessation ». En hébreu moderne nous avons de la même racine, le mot chévitah qui est la « grève », la cessation de l’activité.
La mélakha qui nous avons traduit par « œuvre » (comme l’on parle d’un chef-d’œuvre dans le compagnonnage) est une action d’aménagement du monde et non un simple travail dans le domaine des sciences physiques.
Imiter Hachem
Cette conduite d’Hachem, qui construit le monde puis cesse son activité, sera proposée comme projet économico-religieux à la collectivité d’Israël, au moment de la révélation du Sinaï. Ecoutons la quatrième parole des Dix Commandements :
« Souviens-toi du jour du chabbat pour le sanctifier. Six jours tu travailleras et feras toute ton œuvre ; et le septième jour Cessation pour l’Eternel ton Dieu, tu ne feras aucune œuvre, ni toi, ni ton fils et ta fille, ni ton serviteur ni ta domestique, ni ta bête, ni l’étranger qui est dans tes portes ; car en six jours l’Eternel fit les cieux et la terre, la mer et tout ce qui est en eux, et Il se reposa dans le septième jour, c’est pourquoi l’Eternel bénit le jour du Chabbat et Il le sanctifia ». (ChémotExode – XX).
(Il existe une autre version des Dix Paroles qui furent prononcées par Moché notre maître, paix sur lui, nous étudierons par ailleurs, à la lumière de nos exégètes traditionnels, les différences entre ces deux versions et leurs implications).
Analyse
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« Six jours tu travailleras et feras toute ton œuvre » : l’hébreu connaît deux termes pour parler du travail : avoda, généralement à connotation physique, et mélakha qui désigne une œuvre plus générale, englobant un ensemble de travaux. D. ne fait pas de avoda, Il réalise directement son œuvre par Sa parole. L’homme par contre doit passer par des phases intermédiaires pour réaliser son intention première.
Pour la Bible, l’homme doit travailler six jours, c’est-à-dire s’investir dans la nature pour en faire jaillir la bénédiction divine. Pour le judaïsme, le travail n’est pas une malédiction, mais une dignité conférée à l’homme qui, par la culture qu’il produit, se distingue radicalement des animaux. En étant renvoyé du jardin d’Eden, Adam n’est marqué par aucun « péché originel », la rupture n’est nullement consommée avec Hachem, mais avec la nature, d’où la nécessité de la travailler pour en tirer les fruits.
En fait, avoda désigne à la fois le travail physique, économique, en même temps que le service du Temple (les sacrifices, et par extension la prière). Pour la conscience hébraïque, la leçon est éloquente : chacun sert D. aussi bien en s’investissant dans le monde avec honnêteté et droiture qu’en se tournant vers le ciel avec ferveur et sincérité. L’homme est, telle une échelle de Jacob, dressé sur le sol et s’ouvrant vers la transcendance infinie.
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« Le septième jour Cessation pour l’Eternel ton Dieu » : c’est parce que l’homme travaille six jours que le chabbat possède un sens. Il ne s’agit pas ici d’un simple repos hebdomadaire, mais d’un « rendez-vous » avec l’Eternel ton Dieu (cf. dossier Les Fêtes). C’est D. qui crée l’homme à son image, et c’est D. qui proclame sa libération de toutes les servitudes, de tous les esclavages, de toutes les aliénations. Le juif vivant pleinement le Chabbat proclame sa liberté face à tous les systèmes, à toutes les idoles, à toutes les idéologies.
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« Car en six jours l’Eternel fit les cieux et la terre, la mer » : se souvenir du Chabbat et le garder signifie d’abord témoigner que l’univers a un Créateur. Nous ne créons pas le monde, nous l’aménageons. A nous de le parachever dans un sens moral selon Sa volonté.
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« Il se reposa dans le septième jour » : D. se repose donc ? En fait, comme le souligne Rachi, il s’agit d’une invitation faite à l’homme de se reposer de son labeur de la semaine, et non d’une information concernant la nature divine. C’est pourquoi l’expression « Il se reposa » n’apparaît pas dans la Genèse, mais uniquement dans la législation révélée au peuple d’Israël.
Ainsi l’économie de la société d’Israël est rythmée par un cycle permanent : 6 jours de travail, 1 jour de repos (comme la terre d’Israël est rythmée par 6 années de travail, 1 année de repos).
Une question reste en suspens, quelles sont les actions qui vont être considérées comme travaux d’aménagement du monde, et donc proscrits le Chabbat ? La réponse fut posée par les tribus à Moché notre maître, paix sur lui.
Ecoutons une nouvelle fois la Tora et nos commentateurs, mais situons d’abord le contexte.
Le véritable Temple
Après avoir accepté les lois sociales (michpatim), les enfants d’Israël reçoivent l’ordre d’ériger « un lieu de résidence » pour l’Eternel (Michkan), le Temple portatif, au cœur duquel se trouvera l’arche d’Alliance, contenant les deux Tables de pierre. A la construction de ce Temple s’ajoutent les ordonnances concernant la confection des habits sacerdotaux du Grand-prêtre (Cohen gadol) et des prêtres. Mais avant de conclure son propos, l’Eternel ajoute : « L’Eternel parla à Moché pour dire. Et toi parle aux enfants d’Israël pour dire : cependant mes Chabbats vous garderez, car c’est un signe entre Moi et entre vous pour vos générations, pour savoir que Je suis l’Eternel qui vous sanctifie ». (Exode – XXXI,14).
Suivons Rachi : « Bien que je t’aie demandé de leur donner des ordres concernant l’œuvre du Michkan, ne prends pas la chose à la légère en repoussant (en profanant) le Chabbat à cause de cette œuvre ». C’est pourquoi il est dit : « Cependant mes Chabbats vous garderez ». De cette juxtaposition nous apprenons que tous les travaux qui servaient à l’érection dumichkan sont ceux qui sont interdits le chabbat.
Avant de présenter ces travaux, une dernière remarque, à nos yeux, importante.
Qu’est-ce que le Michkan ? Un lieu de résidence pour Dieu. D. a-t-il besoin d’un palais ? Comme le dira le prophète Isaïe (CXVI) : « Les cieux constituent Mon trône et la terre Mon piédestal, quelle maison Me construirez-vous, quel lieu pour Mon repos ? ».
Alors une maison pour quoi faire ? Pour que l’homme se rappelle sa véritable mission face au Créateur : faire de ce monde la résidence divine. Toute l’activité économique (travailler pour manger, pour s’habiller, pour se loger) ne vise qu’un but : construire la maison fraternelle entre tous les hommes, un monde où la Chékhina, la Présence divine (littéralement « la résidante ») pourra être perceptible au milieu de la paix. Le Temple va devenir la préfiguration de ce monde réalisé, idéal, utopique. Tous les travaux qui servent à son érection sont justement les travaux de l’espace économique. Mais durant le Chabbat, même la réalisation de cette œuvre idéale est suspendue. Pourquoi ? Car le Chabbat est un signe entre Moi et entre vous, il souligne le dépassement que l’homme doit réaliser pour rencontrer son Créateur.
Entrer au cœur d’une synagogue ne sert à rien si la synagogue n’entre pas dans le cœur. Tout élément matériel, aussi noble soit-il, porte toujours la trace d’un veau d’or possible. Le chabbat est l’anti-idolâtrie par excellence, c’est pourquoi il est fondateur de la foi d’Israël.
LES 39 TRAVAUX DENOMBRES DANS LE TALMUD
Les 39 travaux qui étaient nécessaires à la construction du Michkan (tels qu’ils sont dénombrés dans le Talmud) sont :
1- Semer
2- Labourer
3- Moissonner
4- Lier en
5- Battre le
6- Vanner
7- Nettoyer le grain
8- Moudre
9- Passer au
10- Pétrir
11- Cuire au four
12- Tondre
13- Laver la laine
14- Peigner la laine
15- Teindre la laine
16- Filer
17- Ourdir
18- Faire des boucles de tissage
19- Tisser deux fils
20- Séparer deux fils de la trame
21- Faire un nœud
22- Défaire un nœud
23- Coudre
24- Déchirer en vue de recoudre
25- Capturer un
26- Abattre la bête
27- Dépecer
28- Saler sa peau
29- Préparer la
30- Retirer les poils
31- Découper la peau
32- Ecrire
33- Gratter le parchemin pour écrire dessus
34- Construire
35- Démolir en vue de bâtir
36- Eteindre un feu
37- Allumer un feu
38- Donner un dernier coup pour achever un travail
39- Transporter d’un domaine privé dans un domaine public
Si nous voulons donner une vue synthétique de ces 39 travaux, nous constatons que nous avons :
* la préparation du pain (depuis les semailles jusqu’à la cuisson),
* la préparation du vêtement et de la chaussure (depuis la tonte de la laine jusqu’à la couture et depuis la capture de l’animal jusqu’à la découpe de la peau)
* l’écriture (la communication)
* la construction (le logement)
* l’utilisation du feu (la cuisson, la technique)
* la finition du travail (l’esthétique)
* le transport d’un domaine dans un autre (l’occupation et l’aménagement de l’espace).
Autrement dit, nous avons là les éléments de la culture humaine, ceux qui vont se mettre en place progressivement après le renvoi d’Adam et Eve du jardin d’Eden.
Ainsi, durant le Chabbat, le juif n’agit plus positivement sur son environnement, mais il le prépare avant le vendredi soir, de manière à se servir sans l’effort de production. La culture est un moyen d’accéder à la sainteté.
Se dessine là une sorte de retour à la situation édénique, quand les problèmes économiques ne se posaient pas encore. Cette situation est également considérée, selon la Tradition, comme une préfiguration du monde à venir (me’eïn olam aba), où l’humanité s’étant émancipée des exigences économiques, se vouera à la connaissance de Dieu. Une ère de la robotique, du partage des richesses, de l’indépendance économique des Etats, d’un savoir partagé, d’un dialogue fraternel entre les hommes et les peuples ? Une ère, en tout cas, où « les armes seront devenues des socs de charrues ».
Précisons que ces 39 travaux ne sont pas tous mentionnés clairement dans le texte écrit, c’est la tradition orale qui les dénombre. Si nous lisons la tora, nous ne trouverons effectivement que l’interdiction de bouillir ou de cuire au four (Ex. XVI,23), de labourer et de moissonner (Ex. XXXIV,21), de faire un feu (Ex. XXXV,3) et de récolter (Nb. XV,32). Il paraît cependant évident que Moché notre maître, paix sur lui, a du enseigner aux Hébreux ce qu’il était licite de faire et de ne pas faire durant cette journée. Et puisque le Michkan exigeait montage et démontage, déplacement des éléments, préparation des pains spéciaux (consommés par les prêtres), des sacrifices, des offrandes végétales, de l’huile d’onction aromatisée, des teintures des peaux et l’écriture de lettres distinctives pour la reconnaissance des différentes solives, il est facile d’arriver à ce nombre.
Pour le Midrash d’ailleurs, ce nombre 39 correspond à la valeur numérologique (gamatria) de « rosée », tal en hébreu, (l’alphabet hébraïque étant un alphabet chiffré, à chaque lettre correspond une valeur numérique, ainsi tal se décompose en têt (9) + lamed (30) = 39). La rosée est la bénédiction permanente de Dieu, ainsi le respect du chabat devient source de bénédiction pour Israël. « Quiconque se réjouit dans le Chabat, méritera une grande joie », la joie d’être serviteur d’Hachem.
Les pères et les fils
Ces 39 travaux qui étaient spécifiques au Michkan sont appelés dans le Talmud des avot, littéralement les «pères», c’est-à-dire les travaux originaux, et ceux qui en découlent, parce que s’y révèle une analogie de comportement, sont appelés toldoth, les « descendants ».
Ex. Pétrir de la farine et de l’eau est un travail principal, malaxer de la glaise et de l’eau constitue un travail dérivé.
La terminologie ici n’est pas fortuite. En effet, toute la finalité de l’Histoire pour la Bible est la réussite d’une fraternité entre les hommes, résoudre la querelle entre Caïn et Abel. Pour que les frères soient de bons frères, il est nécessaire qu’ils soient de bons enfants, ce qui implique que les pères soient de bons pères. L’expérience du Chabbat avec ses propres exigences rituelles appelle cette rencontre des générations (la table familiale, la vie communautaire, la prière ensemble, l’étude partagée). Si l’espace économique peut devenir le lieu de la lutte des classes, de la compétitivité outrancière, le Chabat est la redécouverte de la filiation des générations, «la proclamation de la liberté pour le fils et la fille», exprime un chant Chabatique.
Ainsi pour chacun des 39 travaux «pères»vont correspondre une série de travaux dérivés qui seront proscrits au même titre que les «géniteurs». Ce qui correspond bien à notre définition de mélakha, une « œuvre » contenant plusieurs travaux.
Pour la Torah, la transgression d’un de ces 39 travaux entraîne, après avertissement par deux témoins de haute moralité, la peine de lapidation (skila), c’est-à-dire le jugement des hommes, la transgression sans avertissement préalable, la peine de retranchement (karet), c’est-à-dire le jugement de Dieu.
A propos de la peine de mort
Pour nous modernes, la peine de mort pose un problème à la conscience morale. C’est en soi un signe de maturité de notre civilisation, (même si malheureusement la violence n’est pas absente de notre quotidien). A défaut de justifier, nous pouvons tenter d’expliquer cette sanction mentionnée dans nos textes. Dans la société biblique, le religieux et le politique sont intimement liés. Bien que les instances de pouvoirs soient séparées (le roi, le juge, le prêtre), le religieux est au centre de la cité, comme le Michkan était au centre du camp. La vocation d’Israël est de témoigner d’un message éthique au nom du monothéisme. Aussi certaines transgressions sur le plan religieux remettent en cause toute cette vocation. Le Chabbat est au cœur de la foi d’Israël, dans la mesure où il engendre non seulement une vision religieuse du monde (la création, l’alliance), mais également une vision politique, économique et sociale (travailler 6 jours et repos le septième, égalité sociale entre riche et pauvre, …). Sa transgression volontaire conduit donc à l’effondrement des valeurs sur lesquelles repose la société d’Israël. Précisons cependant que cette peine de mort a été rarement appliquée, et que les maîtres du Talmud l’ont rendue inapplicable par l’ensemble des conditions exigées. Disons que le principe de la peine de mort est une sorte de «mètre-étalon» qui souligne la gravité de telle ou telle faute.